Publié le mardi 20 janvier 2009

Le soulier d’Amir… ou la leçon d’un député

20 01 2009

Le soulier d’Amir… ou la leçon d’un député, porte-parole des dépossédés !

mardi 20 janvier 2009, par Pierre Mouterde

L’affaire a provoqué de méchantes pointes de la part d’éditorialistes patentés, quand elle n’a pas inquiété, ici et là, plusieurs sympathisants de Québec solidaire. Était-ce une bonne chose qu’Amir Khadir, le premier député de Québec solidaire, quelques jours seulement après son élection, ait lancé un soulier sur une effigie du président Bush au cours d’une manifestation publique ? N’aurait-il pas dû être plus prudent et se garder d’un geste déshonorant n’ayant rien à voir avec sa fonction ? Et si ces questions pouvaient nous aider à réfléchir au rôle que devrait jouer un député du Québec... en ces temps de guerres et de crises !

On le sait, le geste —largement publicisé lors d’un rassemblement devant le consulat américain à Montréal — n’a pas manqué de faire monter au créneau quelques plumitifs bien pensants qui n’ont pas ménagé leur peine, y allant de jugements à l’emporte pièce : c’est "un geste qui n’est pas acceptable (..) qui encourage la violence et c’est "un manquement grave aux devoirs d’un député" dira Gilbert Gagnon, enseignant au collégial qui du coup a porté plainte devant l’Assemblée nationale. « Se comportant comme un agitateur », c’est « un loose canon qui fait plus de tort que de bien à sa formation », renchérira Richard Martineau du Journal de Montréal, pendant que J. Jacques Samson, son collègue du Soleil conclura : « il ne devra pas l’oublier (...) un député garde ses souliers (...) la gauche se cannibalise toujours au Québec. »

Mais qu’ont en commun toutes ces réactions, sinon, au delà même de leur condescendance teintée de mépris pour les idées de gauche, de rivaliser dans l’art de dé-contextualiser un événement, en jouant sur les préjugés les plus crasses en la matière ? Rien en tous cas qui n’ait à voir avec une critique rigoureuse ou rationnelle !

Un geste de courage

Car aucun d’eux n’a pris la peine de noter ce qui est pourtant essentiel. Ce geste est porteur d’une « véritable symbolique » renvoyant –non pas à « l’irresponsabilité »—mais au contraire au « courage » d’un journaliste irakien (Muntadhar Al-Zeidi), courage dont on aimerait parfois qu’il puisse inspirer certains des représentants de la grande presse des pays du nord.

Celui-ci en effet a osé faire savoir au monde entier —au risque de sa vie, et sûrement de quelques cruelles séances de torture !—sa colère et son indignation vis-à-vis d’un président étranger tout puissant, directement responsable d’une guerre barbare et mensongère. Car c’est d’une guerre inégale et déshonorante qu’il s’agit, une guerre fondée sur de faux prétextes et l’appât du profit pétrolier, une guerre qui depuis 2003 a déjà entraîné la mort, non seulement de plus de 4500 militaires « étatsuniens », mais aussi et surtout de probablement près de 650 000 civils irakiens… sans parler même des coûts économiques astronomiques dont elle est à l’origine et qui monteraient selon l’économiste Joseph Stiglitz à 3000 milliards de dollars pour les USA et trois autres mille milliards pour le reste du monde !

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Photo d'Amir Kadhir